Réunions de l'Opep: les enjeux et les défis du marché pétrolier expliqués par un expert

Réunions de l'Opep: les enjeux et les défis du marché pétrolier expliqués par un expert

ALGER – L’expert dans les questions énergétiques, ancien ministre des Ressources en eau et ancien P-dg de Sonatrach, Abdelmadjid Attar, s’exprime dans un entretien à l’APS, à la veille des réunions de l’Opep prévues jeudi et vendredi à Vienne sur les enjeux et les défis auxquels fait face l’Organisation et ses partenaires pour stabiliser le marché pétrolier mondial.

– QUESTION : L’Opep tiendra plusieurs réunions du 5 au 6 décembre à Vienne pour examiner l’évolution du marché pétrolier.

L’accord de limitation de la production a été prolongé lors des précédentes réunions de l’Opep jusqu’au 31 mars 2020, certains analystes évoquent la possibilité de le prolonger pour une durée supplémentaire, tandis que d’autres parlent de nouvelles baisses de la production. Pensez-vous que de telles décisions peuvent soutenir les prix ?

 

– ABDELMADJID ATTAR: La situation du marché pétrolier et la stagnation des paramètres qui le conditionnent nécessite le maintien des efforts de l’Opep et ses alliés hors Opep. Tous les indicateurs laissent prévoir une stagnation de la demande et de la consommation énergétique mondiale en ce moment en face d’une offre certes plus ou moins maîtrisée par l’Opep, mais pouvant revenir en force sur le marché. J’irai plus loin en proposant que l’Opep fasse un effort supplémentaire avec une nouvelle baisse de sa production jusqu’à la fin de l’année 2020. Cette baisse permettra tout juste aux prix de se stabiliser autour de 60 dollars.

 

QUESTION : Les prix de l’or noir restent instables malgré les efforts de l’Opep et ses partenaires, comment vous expliquez cette situation ? Quels sont les vrais facteurs déterminant les prix de pétrole ?

 

ABDELMADJID ATTAR : Les facteurs de base sont bien sur l’offre et la demande, mais ces mêmes facteurs dépendent énormément et même de plus en plus depuis plusieurs années de facteurs externes ou géopolitiques comme la guerre commerciale entre les USA et la Chine. Sans oublier la mutation continue des modèles de consommation énergétique au niveau des plus gros consommateurs à l’échelle mondiale, grâce aux énergies renouvelables, au progrès technologique qui entraine des économies d’énergie presque équivalentes au taux de croissance de la demande.

Au début de la décennie passée, beaucoup ont cru que la perturbation et la chute du marché était due au pétrole et gaz de schiste produits aux USA, ce qui est vrai. Mais en ce moment et dans le futur, il me semble que le marché pétrolier va évoluer en fonction de nouveaux paramètres essentiellement technologiques et géopolitiques.

 

QUESTION: Quelles sont les conséquences de cette instabilité des prix sur l’Algérie dont, l’économie dépend toujours des hydrocarbures et comment pourra-t-elle les surmonter?

 

ABDELMADJID ATTAR : L’Algérie, ou plutôt ses recettes d’exportation qui proviennent essentiellement des hydrocarbures, n’est pas menacée seulement par la baisse et la stagnation du prix du baril de pétrole, mais aussi par ses capacités de production qui sont en chute d’une part, et sa consommation énergétique intérieure en croissance continue.

Dans l’immédiat l’Algérie a tout intérêt de se battre au sein de l’Opep pour contribuer à la cohésion de ses membres, ne serait-ce que pour éviter une nouvelle chute des prix. A l’intérieur, et toujours dans l’immédiat, il faut absolument soutenir lacompagnie nationale Sonatrach pour qu’elle puisse au moins maintenir son niveau de production sur le moyen terme, et puisse aussi faire face à la compétition sur le marché gazier en ce moment.

L’autre bataille qui ne concerne pas seulement le secteur de l’énergie correspond à la nécessité absolue de maitriser la consommation intérieure à travers des mesures concrètes qui passent non seulement par le développement des énergies renouvelables, mais de plus en plus par l’économie d’énergie, domaine où nous avons un retard considérable alors que nos avantages naturels sont inestimables.

Les programmes annoncés depuis plus d’une décennie, les réorganisations successives des institutions concernées, et les déclarations “pompeuses” destinées à la consommation publique, ne suffisent pas, et ne donneront aucun résultat s’ils ne sont pas accompagnés par des mesures concrètes et courageuses sur le terrain. Je citerai un seul exemple relatif aux subventions et aux prix pratiqués que personne n’ose mettre sur la table et sortir avec des textes et des mécanismes de mise en œuvre.

Source: New feed1

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